L’URBEX : Urban Exploration, ou EXURB : Exploration Urbaine

    La photographie trouve son salut dans l’exploration urbaine pour plusieurs raisons. Elle permet de capturer le temps à la fois présent et suspendu du lieu abandonné, pour interroger et comprendre le passé (son histoire) et son futur (mort ou seconde vie). Elle permet aussi de conserver une trace, une mémoire face à l’oubli menaçant, et de donner à voir au public la face cachée de notre territoire. Elle permet enfin de sublimer ces rebuts et de leur redonner une seconde vie imaginaire.

    Vous avez certainement déjà vu près de chez vous une villa, un château, une usine ou une école, déserte et sans vie. Vous vous êtes alors sûrement demandé pourquoi ce lieu était abandonné, mais aussi qui étaient les propriétaires. Vous avez peut-être même entendu dire que des projets de réhabilitation ou de destruction étaient envisagés, ou même programmés… On ne peut pas toujours avoir de réponse, mais laisser courir son imagination, c’est s’offrir un voyage fantastique dans le passé et le futur…

    Le tiraillement entre la volonté passionnée de valoriser ces lieux inaccessibles et la conscience des risques sur deux plans (dégradations par des visiteurs malveillants et risques encourus par les explorateurs), j’y ai été confronté en menant un travail d’étude et de recherche sur les anciennes carrières de Paris. L’émerveillement d’un patrimoine unique totalement méconnu de la majorité face à une omerta puissante et des enjeux souterrains lourds liés à la gestion de ce patrimoine témoin de 2000 ans d’histoire parisienne et française. Ce haut-lieu de l’exploration urbaine abrite un réseau souterrain de 300 kilomètres, dont une infime partie est ouverte à la visite : les Catacombes… Le reste, inaccessible au grand public pour des raisons évidentes de sécurité (risques d’éboulement et de désorientation), abrite des trésors inimaginables qui subissent l’érosion du temps, l’absence d’entretien par les pouvoirs publics et pire, la fragilisation du réseau provoquée par des injections de béton menées par la ville de Paris pour boucher les accès aux explorateurs, au risque d’engloutir un héritage unique. Cette exploration souterraine a été le point de départ d’une réflexion globale sur la question de la préservation et la sauvegarde du patrimoine d’une part, et sur le moyen de valoriser ces lieux inaccessibles par la photographie d’autre part.


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